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Il est une île des Caraïbes où rouler est un plaisir : Cuba. Du 17 au 31 janvier 1997, nous sommes un groupe de huit personnes de la région de Québec à mettre à l'essai un circuit de cyclotourisme fort prometteur. Jean-Marc Laprise de Cyclo Services est l'un des organisateurs à l'origine du projet avec Ernst Fernandez, qui sert d'intermédiaire avec l'agence cubaine Mercadu. L'équipe de soutien cubaine comprend Alfredo, l'homme-orchestre, Victor, le spécialiste des sports et Joël, le chauffeur de l'autobus, que les Cubains appellent gouagoua (se prononce wa-wa), servant au transport des vélos, des bagages, des réserves d'eau et de nourriture... et des cyclistes aux muscles endoloris. Notre itinéraire de 900 km environ à vélo nous fait découvrir la partie orientale de l'île, en faisant une boucle à partir de Holguin.
Une panne d'avion due au froid polaire retarde notre départ d'une quinzaine d'heures. Cet imprévu donne des maux de tête aux organisateurs et nous oblige à franchir l'une des 11 étapes en gouagoua. Nos vélos arrivent en bon état. La première journée, une excursion est prévue jusqu'à Guardalavaca en compagnie de Luis et de cinq Cubaines qui font de la compétition ainsi que de leur entraîneur. La mise en forme est difficile pour la majorité d'entre nous et seuls quelques membres du groupe de Québécois franchiront les 75 kilomètres à vélo. Après le repas, la baignade est brève, car la température est un peu fraîche. Retour à Holguin en autobus, où nous passons une deuxième nuit dans les petites villas de l'hôtel Mirador de Mayabe, au sommet d'une colline.
C'est le lendemain que le départ officiel a lieu, après discours du commissaire et d'autres officiels. Si Cuba est un paradis du cyclotourisme, c'est que les routes y sont extrêmement tranquilles et en meilleur état que certaines routes du Québec. À part quelques belles voitures américaines des années 50, des Lada et quelques camions dont la plate-forme sert de transport en commun, il n'y a que de vieux vélos en quantité et des charrettes tirées par des boeufs ou des chevaux. Il faut cependant faire attention aux poules, aux chèvres et aux cochonnets à grandes oreilles qui surgissent de partout. Nous nous arrêtons à Sagua de Tánamo, où nous attendent un groupe de responsables locaux. Autres discours officiels, puis l'on nous sert en abondance jus d'oranges fraîchement pressées, porc grillé, le mets national, délicieuses galettes au manioc fourrées de fromage, salade, congri (riz et haricots rouges), un accompagnement obligé de tous les repas à Cuba, coings pour dessert. Un repas tellement abondant que nous avons peine à rouler ensuite avec tous les enfants rassemblés à la sortie du restaurant avec leur vélo pour nous accompagner jusqu'à l'extérieur de la ville.
Au départ de Moa le lendemain, nous traversons une zone industrielle peu intéressante, puis franchissons une magnifique zone montagneuse. Nous y faisons l'observation du perroquet Amazone, identifié par Michel, l'expert en ornithologie. Il y a aussi de superbes papillons. Je ne me rappelle pas avoir vu autant de papillons depuis mon enfance à la campagne. Tout au long de notre itinéraire, ils nous effleurent l'épaule pendant que nous roulons. Pique-nique et baignade à la Villa Maguana, un endroit superbe au bord de la mer resté à l'état naturel. Une partie du groupe fait le reste du trajet à vélo jusqu'à Baracoa pendant que les autres se la coulent douce. Il est convenu après quelques «réunions» que les deux plus rapides, René et Roger, s'arrêteraient à toutes les heures pour faire une pause et attendre les autres. Le système fonctionnera jusqu'à la fin, malgré quelques ratés à l'occasion.
Le lendemain, seuls quelques courageux affronteront les montées dans une forêt tropicale humide à la végétation luxuriante. Lors d'un arrêt, nous observons un train de fourmis transportant chacune son petit morceau de feuille. Alfredo achète des pamplemousses d'une petite dame vivant dans une hutte au toit de palmes. Elle me la fait visiter en s'excusant de sa pauvreté. Les Cubains sont des gens accueillants, ouverts et décontractés. Ils conservent leur joie de vivre malgré les pénuries et le prolongement de la «période spéciale», en vigueur depuis que l'ex-U.R.S.S. a laissé tomber Cuba. Il y a un étonnant mélange dans la population cubaine, en raison de ses origines amérindiennes, espagnoles, africaines et françaises. Nous spéculons toujours à savoir si la jeune fille à la peau noire et aux yeux d'un bleu irréel rencontrée la veille porte ou non des lentilles colorées. Nous dormirons ce soir-là dans de petits pavillons directement sur la plage de la mer des Caraïbes. La mauvaise qualité de l'hébergement et de la nourriture est en partie compensée par la magie de la pleine lune se reflétant dans la mer. Jusque tard dans la nuit, une partie du groupe dansera au son envoûtant, et certains diront un peu trop omniprésent, de la musique cubaine.
À partir de cette étape, le pire ennemi du cycliste devient son allié. Nous franchissons donc, vent de dos, les 105 km jusqu'à Guantánamo, l'une des plus longues étapes du circuit. Dans cette zone semi-désertique la chaleur nous accable dès 8 h 30 du matin. À l0 h 30, à l'ombre d'une haie de cactus (très efficace pour éloigner les intrus), notre collation se compose de noix de coco, galettes de maïs et guarapo, ou jus de canne à sucre. La variété des habitats tout au long du circuit est étonnante. Ici, lauriers, bougainvilliers et manguiers sont en fleurs et embaument l'air. Les villages, comme Imias del Sur, nous semblent moins pauvres. Petit attroupement à Guantánamo pendant que nous réparons une crevaison. Il y en aura plusieurs au fil du trajet. Victor, un peu trop vigoureux sur la pompe, fera exploser quelques chambres à air, ce qui lui vaudra des taquineries; sans parler de la fois où il se coupe avec la machette en décortiquant une noix de coco. Mais côté mécanique, aucun bris sérieux à signaler. Après la réparation du pneu crevé, nous devons être très vigilants, car une petite averse (la seule en quinze jours) a rendu la chaussée extrêmement glissante. Quelques chutes, mais pas de blessure grave. La sécurité est assurée par des policiers en moto chaque fois que nous traversons une ville importante. Ils se plaignent de notre manque de discipline, car nous ne roulons pas en peloton suffisamment serré.
Avant le départ pour la dernière étape précédant les deux jours d'arrêt à Santiago de Cuba, nous avons une entrevue avec un journaliste d'un journal local. Le gouvernement est intéressé à développer l'écotourisme et veut savoir ce que nous venons chercher à Cuba. À la fin de la première semaine, le repos à Santiago de Cuba est bienvenu. C'est à l'hôtel Las Americas que nous mangeons le mieux : canard, poisson frais, choix de desserts. Quelques célibataires du groupe y font des rencontres intéressantes. Il y a quelque chose dans l'air cubain... Normand, qu'une mauvaise grippe empêche de rouler, se fait conduire au risque de sa vie à Marea del Portillo pour se reposer au bord de la mer en nous attendant. Santiago est une belle ville coloniale que fera découvrir à quelques-uns d'entre nous un vieux monsieur de race noire aux cheveux blancs, un ancien marin qui nous raconte avoir navigué jusqu'au Saguenay. Le repas au palador (petit restaurant dans une maison privée) pris en compagnie de notre guide improvisé est délicieux, mais cher, alors nous devinons qu'il comprend une commission pour notre guide. Le dimanche, nous allons à la plage au Parc Baconao. Avec un masque, nous pouvons observer de superbes poissons bleus, jaunes à rayures noires, etc. Au retour, arrêt à un site magnifique, au bord d'une rivière aménagée en piscine. Quelques touristes, mais surtout des Cubains, un orchestre qui joue des airs traditionnels, dont la chanson du Che, et de la bière de micro-brasserie, gracieuseté d'un Canadien.
De Santiago à Chivirico, nous longeons la côte. Pause plage à mi-chemin, comme d'habitude. L'eau turquoise est délicieuse et Yves s'amuse dans les vagues comme un petit garçon. Nous dormons dans de petites villas surplombant la mer, d'où nous pouvons observer des îles coralliennes couvertes de palétuviers. Au coucher du soleil, des aigrettes et des hérons se réfugient dans les îles pour la nuit. L'étape du lendemain, jusqu'à Marea del Portillo, est le dernier jour où nous roulons au bord de la mer. La côte est escarpée par moments et c'est un plaisir de rouler au son des fortes vagues, sur une route où il n'y a pratiquement aucune circulation. Souvent des Cubains roulent à nos côtés avec leurs vieilles bécanes rafistolées. C'est un atout de parler un peu espagnol pour faire connaissance avec les gens. Ce jour-là, par exemple, le jeune homme rentre chez lui après la fin de son quart de travail dans une fabrique de glace.
De Marea del Portillo à Manzanillo, nous quittons le bord de mer pour franchir la Sierra Maestra. Quelques montées sont abruptes, mais la plupart se grimpent bien. Dernier coup d'oeil en arrière pour dire adieu à la mer des Caraïbes, maintenant au loin. Le terrain sera ensuite très plat pendant les deux derniers jours du trajet : champs de canne à sucre dont l'odeur nous poursuit longtemps, rizière à perte de vue, champs de tomates et de choux. À Bayamo, ce soir-là, Alfredo nous amène en calèche jusque dans la vieille ville. Moment magique, à la Casa de la Trova (maison des troubadours) et visite du centre de ce berceau de l'indépendance. Le dernier jour, nous roulons 75 kilomètres jusqu'à Holguin. Nous entrons triomphalement dans la ville, à une cadence folle, en suivant le commissaire à moto et en compagnie des cyclistes cubains rencontrés le premier jour. Ensuite, il faut faire les achats d'usage, dont l'inévitable rhum, puis se préparer au retour.
Pour ma part, ce voyage nourrit encore ma mémoire. Mais les attentes de tous les membres du groupe n'ont pas été toutes satisfaites. Certains en étaient à leur premier voyage à vélo et auraient aimé des étapes moins longues pour profiter plus de la mer. Michel aurait aimé faire plus souvent l'observation d'oiseaux le matin avant de partir, comme on le lui avait promis. Bref, malgré quelques insatisfactions et inconvénients, tout le groupe se dit content du voyage lors de notre rencontre-bilan, deux semaines après le retour, et Bertrand nous raconte les péripéties de sa troisième semaine en compagnie d'Ernesto. Une fois que les maillons faibles de l'organisation auront été améliorés, cette destination de cyclotourisme sera à ne pas manquer. Pour bien profiter de ce genre de voyage, il faut toutefois mettre de côté nos normes nord-américaines de confort et d'efficacité, car cette partie de l'île n'est pas encore très bien développée pour le tourisme. Un peu d'aventure ajoute du piquant à un voyage, n'est-ce-pas?
Jean-Marc a établi des contacts avec un organisme cubain pour envoyer de vieux vélos et des pièces. Les personnes intéressées à faire don de leurs «choux gras» ou à se renseigner sur les prochains voyages à Cuba peuvent communiquer avec lui à Cyclo Services en appelant le 418.692.4052.
Christiane
Gauthier, la mujer du groupe.
Cet article a déjà été publié
dans le Bulletin de Promo-Vélo.
Il est repris ici avec l'autorisation de l'auteur et le parfait consentement
de l'éditeur.
Je vous recommande personnellement cette destination.
Lorsque vous parlerez à Jean-Marc
de chez Cyclo Services
dites lui que Roger GraVÉLO vous a référé
et entendez le sourire.
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Roger Gravel
La Société Vélo Monde 50 Laperrière Vanier (QUÉBEC) G1M 2Y1 velo.monde@RogerGravel.com |